CINE DROIT LIBRE

Discours de l’Ambassadeur Xavier Lapeyre de Cabanes en l’honneur de la 12ème édition du festival CINÉ DROIT LIBRE du 10 au 17 décembre à l’Institut Français du Burkina Faso.

Je vous remercie d’être venus ce soir pour l’ouverture de la douzième édition du festival de films sur les droits de l’homme et la liberté d’expression.

Vous avez choisi comme thème « droit de vivre : luttons contre l’extrémisme violent ».
Ce thème est en lui-même intéressant.

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En effet, comment le cinéma, documentaire ou de fiction, pourrait-il lutter contre l’extrémisme, surtout le plus violent ? Le cinéma, ou l’art en général – car le documentaire est aussi un art, puisqu’il n’est jamais une simple répétition ou photographie du réel, mais une tentative d’explication du réel, par le choix des images, des textes, des hommes et femmes appelés à parler, à dire leur vision de la vie -, le cinéma, ou l’art en général peuvent-ils permettre de lutter contre l’extrémisme violent ?

Ma réponse est sans hésitation positive.
Car dans ce combat contre l’extrémisme violent – notions qu’il conviendrait de développer et de définir, mais vous avez prévu des débats sur cela qui seront sûrement très riches -, il s’agit bien de lutter contre des idées. Des idées qui sont à la base de la violence : le comportement violent que vous dénoncez et que vous voulez combattre n’est pas comparable à celui d’un criminel, qui veut s’accaparer le bien d’autrui. Il est issu d’une idée qui entend se soumettre toutes les autres idées et tous ceux qui ne partagent pas cette idée ou, pire, qui veulent en contester la pertinence.

Vous avez donc raison de lutter à armes égales contre cette idée : les militaires, les policiers ou les gendarmes font leur travail, qui est de lutter contre les actions violentes et contre les auteurs de ces actions. Ils peuvent ainsi mettre hors d’état de nuire des combattants. Mais ils sont faibles face à ce qui justifie l’action violente : l’extrémisme qui la prône et la justifie.
Il faut combattre les idées fausses par le débat, par la discussion, par la réflexion, par la critique… en démontant et en démontrant l’erreur.

Le cinéma a cela de précieux est qu’il est l’art le plus directement accessible à tous par sa capacité de toucher un très large public. Parce qu’il est techniquement très facile de le dupliquer ou de le diffuser à un coût très faible et parce qu’il « montre » : la force de l’image est connue, c’est sans doute aussi pour cela que certaines provoquent des révoltes et que certains régimes les interdisent ou les censurent.
Le documentaire a cela de fort qu’il ne montre pas des acteurs, des comédiens, mais bien des hommes et des femmes qui ont vécu des événements : l’identification est plus immédiate encore qu’avec la fiction, ce qui peut rendre le propos parfois plus glaçant.

Vous avez choisi 28 films d’une douzaine de pays qui seront présentés dans une demi-douzaine de lieux, à différentes reprises ce qui donnera plus de possibilités à chacun de voir les films qu’il souhaite découvrir – ou revoir.
Je suis heureux que l’ambassade de France soit le partenaire de cette manifestation utile, nécessaire, indispensable, non seulement dans un pays comme le Burkina Faso, jeune démocratie dynamique, mais partout sur la planète, en réalité, puisque l’histoire, récente ou moins récente, nous apprend que le seul régime qui promet à chacun des hommes de vivre libre, reste toujours en butte à ceux, extrémistes ou non, violents ou non, qui estiment qu’en ne réussissant pas à accorder à chacun les moyens d’accomplir cette promesse la démocratie n’est qu’un mensonge et qu’il faut donc la détruire.

Puisque vous êtes venus ici ce soir, c’est sans doute que vous croyez que nos libertés, celles de chacun d’entre nous et celles que nous ne pouvons exercer que collectivement – comme la liberté de manifester pacifiquement dont vous avez fait un si bel usage voici deux ans ou comme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en faisant valoir leur droit à l’indépendance, comme vous avez fait il y aura 56 ans demain -, doivent être préservées et défendues contre les partisans ou les artisans d’un extrémisme violent.

Puissent ces films être diffusés aussi auprès de ceux qui ont des doutes, afin de leur donner les arguments pour résister à la tentation de la violence.

Bons films !

Signé : Xavier Lapeyre de Cabanes

Dernière modification : 15/12/2016

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