Déplacement de Mme Yamina Benguigui, Ministre déléguée chargé de la Francophonie au Burkina Faso(27-28 février 2013)

Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie et représentante personnelle du président de la République pour la Francophonie, s’est rendue au Burkina Faso les 27 et 28 février pour la 23e édition du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO).

Créé en 1969, le FESPACO est le plus grand festival africain de cinéma et se déroule tous les deux ans dans la capitale du Burkina Faso.

Au cours de ce déplacement, la ministre déléguée a eu des entretiens avec le président de la République, Blaise Compaoré, le Premier ministre, Luc-Adolphe Tiao, ainsi qu’avec le ministre de la culture et du tourisme, Baba Hama. Ces rencontres furent l’occasion d’aborder la densité de nos échanges dans le domaine de la culture ainsi que la promotion de la francophonie.

Mme Benguigui a également rencontré des femmes cinéastes et artistes africaines, afin d’évoquer la condition des femmes dans l’espace francophone et le premier Forum mondial des femmes francophones, qui se tiendra à notre initiative à Paris le 20 mars 2013.

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Discours de Madame Yamina Benguigui, Ministre Déléguée auprès du Ministère des Affaires Etrangères, en charge de la francophonie, lors du déjeuner offert à la Résidence de France

Chers Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Je suis très honorée d’être ici à cette table. Comme l’a rappelé Michel, j’ai reçu deux prix du FESPACO et je vous assure que quand vous êtes primée au Fespaco, j’étais en tournage je n’ai pas pu venir chercher ce prix à l’époque, je n’ai jamais reçu autant d’émotions, parce que le Fespaco est bien plus qu’un festival à mes yeux, le Fespaco est bien plus qu’une compétition, le Fespaco a bâti le fondement du cinéma africain, de l’identité, de la mémoire.

C’est ce Fespaco qui m‘a donné envie d’être réalisatrice parce que nous étions sans modèle, je dis « nous », c’est à dire enfants de l’émigration, nés dans un autre pays et n’ayant aucun modèle dans le pays d’origine. Il y en avait quelques uns, mais nous étions dans le pays d’accueil. Avec l’invisibilité de nos parents, l’invisibilité de notre histoire et la peur, toujours la peur, des années 60, 70, 80 la politique d’émigration et une politique répressive, répressive intellectuellement aussi puisque nos parents n’existaient pas, on ne pouvait pas non plus s’exprimer, exister.

Le Fespaco nous a montré des maitres, ce sont les maitres, je parle d’Ousmane Sembène, je pense aussi à Lakhdar Hamina, je pense à une époque, les années 70, où ces grand réalisateurs, je parle pour la jeune génération, c’était des réalisateurs qui avaient fait aussi de grandes écoles que ce soit en Russie, en Tchécoslovaquie. Ils avaient un savoir dire, un savoir faire, et ils étaient de plein pied dans l’histoire du pays. Donc ce sont eux qui nous ont donné envie de faire ce cinéma engagé, ils nous ont montré la route et vraiment engagé dans le sens, comme l’entendait Sartre, ils étaient témoin de leur temps. C’est bien du Fespaco qu’on a parlé d’apartheid, qu’on a parlé de la servitude, où le cinéma engagé était regardé et respecté par le monde entier.

Le Fespaco a toujours cette place, c’est une place unique, le Fespaco ne pourra jamais mourir, c’est le cinéma de la diversité de l’originalité et puis c’est aussi le regard sur l’autre.

Vraiment, je le dis souvent, je suis ministre, mais je n’ai pas laissé mes combats à la porte de mon ministère.

La Francophonie, l’espace francophone ce sont 77 pays, 220 millions de locuteurs et près de 800 millions en 2050 dont 80% en Afrique. J’aime à dire que la langue française est aussi une langue africaine et qu’il faut absolument, absolument, que l’on arrive à cette analyse que la langue française va nous permettre cette mobilité, surtout au niveau du cinéma, à la fois à travers la diffusion des œuvres et des artistes, à la fois de cette aide donc il faut absolument continuer que cela soit avec le CNC ou avec tous nos outils. Il faut aussi une implication de l’Union africaine parce que le Burkina Faso porte en lui cette mémoire. On en a besoin plus que jamais dans une Afrique qui souffre, dans une Afrique où l’esprit, où le talent, où la culture, où l’intelligence, est l’objet de fixation des terroristes.

Donc, plus que jamais le Fespaco, doit être entendu, l’expression qui est au Fespaco doit être visible. Je m’engage personnellement, comme je vous l’ai dit, à être celle qui pendant le temps de ma mission fera que cela ira très vite. Parce que je suis cinéaste, et que quand on fait un film c’est très long et quand ça démarre on a tellement entendu de « non ce n’est pas possible » que quand on entend un « oui c’est possible » on fonce et on met toutes les chances de son coté et le temps joue toujours contre nous. J’ai vraiment conscience qu’il faut aller vite pour que le Fespaco vive. Beaucoup d’artistes ont bénéficié du Fonds Sud depuis les années 80 : 173 films en Afrique, dont 107 films subsahariens ont bénéficié de l’aide du Fonds Sud.

En 2012, ce fonds est devenu l’aide au cinéma du monde avec un budget augmenté à 6 millions d’euros annuel. L’aide aux cinémas du monde est cogérée avec le CNC et l’Institut Français. C’est un point d’entrée unique et c’est une possibilité formidable, un champ des possibles pour les cinéastes du monde entier. C’est parce que cette réforme a pour ambition d’ouvrir et de simplifier le financement des films. En 2012, 38 projets ont reçu un soutien et sur ces 38, 25 venaient du sud.

Parallèlement à ce Fonds des Cinémas du monde, l’Institut français organise durant le festival de Cannes la « fabrique du cinéma du monde » afin d‘aider de jeunes réalisateurs à développer leur film et accéder ainsi à des coproductions de niveau international. L’Afrique subsaharienne occupe une part importante dans ce programme qui fêtera ses 5 ans en 2013. 23 réalisateurs du continent ont été accueillis depuis 2009.

La reconnaissance et la promotion du cinéma africain est indispensable, l’aide à la formation des jeunes générations l’est tout autant. C’est pourquoi je souhaite que nous renforcions notre appui à la formation au moment où émerge une nouvelle génération de cinéastes, et de producteurs, et cela grâce aussi à l’équipement numérique.

Nous avons une bonne nouvelle, nous venons aujourd’hui de décaisser la première tranche du projet FSP qui concerne 8 écoles de cinéma, dont deux au Burkina Faso : ISIS et Imagine de Gaston Kaboré et ce projet va financer des professionnels et créer ce qui manque cruellement : du maillage et du réseau avec CFI comme opérateur technique. L’enjeu est de taille, il s’agit d’être au coté du cinéma africain pour préserver ce regard, si fier. Il s’agit de conquérir plus de salles, plus de spectateurs, et de promouvoir cette vision du cinéma bien au delà des frontières où il est né.

Nous sommes tous habités par cette volonté de passer à la vitesse supérieure avec le cinéma africain. Je disais hier soir à Monsieur l’ambassadeur à quel point je crois énormément à la puissance de l’imaginaire et des histoires qui sont en Afrique. En occident, nous manquons cruellement d’histoires, de scénarios, et c’est bien de ce coté ci que cela doit se passer.

Moi dans cette francophonie, et aussi Aurélie Filippetti qui vous salue tous, elle qui aurait vraiment aimé être présente au Fespaco, nous avons un rendez vous dans un mois pour vraiment essayer de faire évoluer la situation. Et puis, je voudrais finir avec une phrase de Nelson Mandela qui dit : « ce qui se fait pour nous, sans nous, se fait contre nous ».

Je vous remercie.

Discours de Madame la Ministre de la Francophonie à la réception offerte à la Résidence de France

Messieurs les membres du gouvernement,
Monsieur l’ambassadeur de France,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et représentants des organisations internationales et inter africaines,
Monsieur le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré,
Monsieur le représentant du Fespaco Michel Ouédraogo,
Messieurs les Conseillers des français de l’étranger, Mesdames et Messieurs les représentants du commerce extérieur et du monde économique,
Chers amis, chers amis du cinéma,
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes.

C’est pour moi un immense plaisir d’avoir pu être à vos cotés à l’occasion de cette 23eme édition du Fespaco. Le cinéma c’est avant tout une fenêtre ouverte sur le monde, un outil incontournable pour éveiller les consciences et faire bouger le curseur des préjugés. C’est bien pour cette raison que le cinéma […inaudible ]

L’art je l’ai connu depuis longtemps, cela doit faire maintenant quelques décennies, et ça me fait toujours vraiment plaisir de vous croiser à nouveau, surtout dans un lieu comme aujourd’hui, vous êtes toujours là, pour faire progresser le développement des sociétés africaines, j’aimerais revenir aussi sur ce qui se passe dans la sous région.

J’aimerais simplement dire quelques mots en disant que c’est bien en français que les femmes maliennes en appellent à la solidarité, c’est en français que les femmes du printemps arabe se sont exprimées avec ce mot fort « dégage », c’est encore en français que s’inscrit la vision politique en matière des droit de l’homme et de lutte contre toutes les formes de discriminations.

Ces souffrances des femmes sont sans doute les plus terribles. Le vent de la démocratie n’a pas encore réellement soufflé pour les femmes. C’est au contact de ces femmes victimes d’exactions dans l’est de la République Démocratique du Congo que j’ai décidé, en marge du sommet de la Francophonie, de prendre la décision d’organiser le premier forum mondial des femmes francophones : Le 20 mars, 400 femmes issues de la société civile, 400 battantes venant des 77 pays de la francophonie seront à Paris.

« Francophonie femme » ! Cela sera très, très important, parce que si les femmes ne se préoccupent pas aujourd’hui de leurs droits, on verra dans les années qui suivront une perte de droits incroyable.

Je voulais juste dire que j’ai invité tout un groupe de femmes réalisatrices du Burkina qui sont la plupart ici, soit en compétition soit responsable de jury, et elles viendront parler et dire l’importance de pouvoir aussi dire les films.

Voilà, j’aimerais vous remercier infiniment. Votre présence nombreuse aux côtés de nos amis burkinabés témoigne de la vivacité de nos liens et de ces liens très forts qui nous unissent.

Merci encore une fois au Fespaco. Le Fespaco nous a donné de l’espoir, nous a fait rêver. Cet été j’étais au Festival Francophone du Film d’Angoulême. J’ai vu un film extraordinaire « la Pirogue », j’ai vu à quel point ce film était pour moi un des plus grands films politique et il le disait avec tellement de force, de simplicité et de talent pour dire cette immigration qui tue les enfants, ce départ pour l’immigration, ce faux rêve.

On l’a dit 1000 fois dans des discours politiques, nous l’avons dit dans des documentaires mais cela a été dit dans une fiction exceptionnelle. Je voulais remercier encore une fois Denis Bismar qui a programmé ce film et qui est très à l’écoute de ce qui est la francophonie.

Ce matin je parlais de ce festival avec le Ministre de la Culture et je disais à quel point on pouvait trouver des accès sur l’imaginaire des jeunes qui travaillent beaucoup sur le film d’animation et qu’à Angoulême j’ai aussi rencontré des jeunes qui font un travail formidable.

Et voilà, pour moi, c’est ça le cinéma, c’est la mobilité des œuvres, c’est la mobilité des artistes et je peux vous dire que je mets ça au centre de mon action : avoir bientôt ce rêve qu’est le visa francophone mais, déjà, qu’il puisse exister pour les artistes.

Merci.

Dernière modification : 05/03/2013

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