Discours de l’Ambassadeur Gilles THIBAULT à l’occasion de la Fête nationale

JPEG - 3 Mo

Je suis vraiment très heureux de vous recevoir, ce soir à la Résidence de France, pour cette célébration du 227e anniversaire de la Prise de la Bastille.

Je suis aussi très ému, car c’est le dernier 14 Juillet que je passe en votre compagnie, dans le cadre de ma mission d’ambassadeur.

Je quitterai donc bientôt Ouagadougou, après trois belles années au service de l’amitié franco-burkinabè, des années passionnantes, parfois d’une vibrante et douloureuse intensité, mais aussi pleines d’instants précieux que j’emporte avec moi, comme autant de joyaux.

Permettez-moi, maintenant, de revenir sur quelques évènements marquants que nous avons traversés ensemble, puis sur la relation franco-burkinabè, et enfin de m’adresser à mes compatriotes, tout en vous proposant avec humilité, franchise et conviction, des réflexions qui me tiennent à cœur.

Je suis arrivé ici en septembre 2013, à la veille d’une période décisive pour le Burkina Faso. Bien que de plus en plus de voix réclamaient l’alternance, Blaise Compaoré envisageait alors un nouveau mandat.

Le résultat est connu : un an après, les 30 et 31 Octobre 2014, le peuple burkinabè honorait son rendez-vous avec l’Histoire. Très vite, les forces vives du pays, soutenues par la communauté internationale, mettaient en place une Transition, reconnue par la France le jour même de la désignation de Michel Kafando à sa tête.

La Transition a suscité un formidable brassage d’idées, qui s’est traduit par l’adoption de plusieurs réformes importantes. Elle fut aussi très agitée et remise en cause par une attaque odieuse, contre la démocratie, le 16 septembre 2015, à moins d’un mois des élections.

Le monde a alors vu, une seconde fois, le peuple burkinabè, soutenu par les forces armées nationales, se lever ; cette fois, pour faire barrage aux putschistes, que la France avait aussitôt condamnés avec la plus grande fermeté.

Il a fallu vraiment à la Transition beaucoup de bonnes fées pour qu’elle s’en sorte aussi bien. Je tiens aujourd’hui à leur rendre hommage. Ces femmes et ces hommes courageux, épris de démocratie, de justice et de paix, ont montré que les Burkinabè n’ont de leçon à recevoir de personne et qu’ils savent aussi quand, il le faut, écouter la voie de la raison.

En définitive, la manière dont le pays a triomphé de tous ces périls, constitue une belle source d’espoir et d’inspiration, d’autant, que la Transition a réussi magistralement l’essentiel : l’organisation, dans le calme, des élections présidentielles et législatives.

Ce succès revient, notamment à la CENI, aux fonctionnaires, aux électeurs qui se sont mobilisés et à la classe politique, sans oublier les médias et les organisations de la société civile.

Je referme ce chapitre, dont nous fûmes les témoins et parfois même les acteurs, en rendant hommage aux martyrs de l’insurrection et de la résistance au coup d’Etat. Les idéaux pour lesquels ils sont tombés, doivent triompher et ils triompheront.

Aussi, je renouvelle tous mes vœux de succès, au nom du Président de la République et du peuple français, à tous les Burkinabè.

Leur combat leur vaut à juste titre partout et particulièrement dans mon pays, beaucoup de sympathie, d’intérêt et de soutien. La France est fière de les avoir accompagnés pendant toutes ces épreuves.

Cependant si la démocratie en sort renforcée, le pays fait encore face à des défis considérables. Le peuple et notamment la jeunesse, ont des attentes fortes et légitimes. Ils demandent plus de justice, de développement de sécurité, j’y reviendrai, et une meilleure gouvernance.

Les élites, les élus et tous les serviteurs de l’Etat se doivent donc, plus que jamais, d’être exemplaires. Il leur faut se mobiliser ensemble, en faveur des plus pauvres et agir pour mettre fin, là où il en reste, aux rentes indues et aux prébendes, qui sont autant de freins au développement.

Les défis, je le disais, sont considérables : la lutte contre la corruption et pour l’intégrité, l’indépendance et l’effectivité de la justice, la formation et l’emploi des jeunes, la valorisation des femmes dans la société, sont autant de besoins impérieux et légitimes. Nul ne peut plus les ignorer.

Dans cette période cruciale, la France soutient le Burkina Faso au plan financier, humain, notamment, en plaidant sa cause à l’international.

Tous les amis du Burkina Faso se retrouveront, à l’automne prochain à Paris, pour une conférence des donateurs qu’il convient de préparer avec le plus grand soin. Cette conférence sera un succès, si toutes les parties jouent pleinement leur partition et que le privé y trouve également sa place.

Grâce aux efforts du gouvernement, de la communauté internationale et de tous, la situation économique du pays devrait donc s’améliorer. Cela est d’autant plus nécessaire que le contexte sécuritaire s’est fortement dégradé.

Le 15 janvier dernier, nous avons tous été très éprouvés et choqués par les attaques terroristes à Ouagadougou et au nord du pays. Mes pensées vont vers toutes les victimes, les blessés et bien sûr, leurs familles et leurs proches.

Les forces spéciales françaises ont contribué, avec les forces de défense et de sécurité burkinabè, à l’évacuation des personnes impliquées et à la neutralisation des terroristes.

Je salue leur courage et leur dévouement et celui des soldats burkinabè et français au Mali où, avec le reste de la Minusma et Barkhane, ils accomplissent un travail formidable. Ils méritent notre reconnaissance et nous pouvons être fiers d’eux.

Nous ne viendrons à bout de la menace terroriste qu’en restant unis face à des barbares qui cherchent à nous diviser en semant la terreur partout, sans distinction de religion, ni d’origine.

C’est pourquoi nous renforçons nos coopérations en matière de renseignement, de formation et d’équipement des forces de défense et de sécurité. Nous nous félicitons de toutes les initiatives internationales, régionales et bilatérales dans lesquelles, le Burkina Faso joue désormais un rôle moteur.

Il convient donc également d’être optimiste au plan sécuritaire même si les choses ne se régleront qu’avec du temps. Grâce aux efforts de tous, la vague djihadiste passera, comme sont passées d’autres vagues terroristes. Elle se dissipera d’autant plus vite, qu’ensemble nous créerons un cercle vertueux composé de bonne gouvernance, de développement et de sécurité.

Après l’évocation de ces questions économiques et sécuritaires, je souhaite maintenant me réjouir avec vous de l’excellence des relations franco-burkinabè dans tous les domaines.

Pour son premier déplacement officiel hors d’Afrique, le Président du Faso, Son Excellence, Roch Marc Christian Kaboré a été reçu par son homologue, François Hollande, à Paris du 4 au 7 avril dernier. Le 20 février, le Premier ministre, Manuel Valls était à Ouagadougou pour exprimer au peuple burkinabè la solidarité du peuple français. Le Président de la Transition, Michel Kafando, a lui été reçu à l’Elysée, le 1er juin 2015.

Ces visites illustrent, on ne peut mieux, la continuité du dialogue au plus haut niveau entre la France et le Burkina Faso, un dialogue qui va se poursuivre, j’en suis convaincu, et qui conservera cette qualité et cette densité exceptionnelles.

La relation franco-burkinabè, c’est aussi tous les projets soutenus par les différents services de l’ambassade, ses opérateurs, l’AFD, l’IRD, le CIRAD, Business, Campus et Expertise France et nos entreprises.

Impossible de citer toutes les opérations que la France conduit à travers eux et avec l’Union Européenne. Nous sommes présents dans l’énergie à Zagtouli et ailleurs, dans l’approvisionnement en eau à Ziga, dans l’aménagement urbain à Ouagadougou, dans l’éducation, la santé, l’agriculture et la sécurité alimentaire et dans les zones défavorisées et frontalières, sans oublier la sécurité et la gouvernance

Toutes nos actions sont en cours de réévaluation pour répondre pleinement aux objectifs du Programme National de Développement Economique et Social

La France est ainsi heureuse d’accompagner le Burkina Faso au quotidien comme dans des projets structurants avec une multitude d’actions concrètes contribuant au mieux-vivre des populations.

Je me réjouis également de la vitalité de notre coopération décentralisée.

Je voudrais maintenant, mes chers compatriotes vous dire quelques mots. Vous êtes ce que la France offre de plus mieux au pays des femmes et des hommes intègres.

D’abord, vous aimez, comme moi, profondément ce pays et ses habitants. Cette amitié réciproque sort renforcée des épreuves récentes que nous venons de traverser.

Ensuite, que vous soyez entrepreneurs, salariés, fonctionnaires, , tout simplement chez vous ou encore de passage, comme nos 900 volontaires, vous contribuez chaque jour au développement du pays et à l’excellence des relations franco-burkinabè.

Enfin, vous formez une communauté solidaire et résiliente, comme nos hôtes burkinabè. Je l’ai bien mesuré au lendemain du drame aérien du 24 juillet 2014 puis, je viens d’en parler, pendant l’insurrection, le putsch et les attaques terroristes du 15 janvier dernier.

Voilà, j’ai vécu en famille ici grâce à vous tous, trois années denses et inoubliables, faites d’instants précieux, je l’ai dit pour commencer, et de très belles rencontres. Je vous en suis très reconnaissant.

Le 14 Juillet 2014, j’avais évoqué le bons sens, l’intelligence, le cœur et le courage des Burkinabè.

L’année suivante, j’ai dit que le peuple burkinabè possédait au plus haut point le sens des responsabilités et l’amour du bien commun et qu’il irait au bout de sa quête pour plus de liberté, d’égalité, de justice et de démocratie. C’est bien ce qu’il a fait !

Au terme de mon séjour, je me dois de saluer encore le sens du dialogue, l’amour de la paix et la persévérance des Burkinabè, mais aussi leur générosité, leur ingéniosité et leur hospitalité.

A ce propos, je suis certain que vous accueillerez mon successeur, Monsieur Xavier Lapeyre de Cabanes, avec les mêmes égards et les mêmes attentions, que vous m’avez accordés. Je vous en remercie.

Je remercie également tous ceux, grâce à qui nous partageons cet agréable moment, avec une mention spéciale pour nos sponsors, dont je salue la fidélité et la générosité.

Vous l’avez compris, je suis, plus que jamais, confiant dans les capacités du pays à relever les défis que j’ai exposés précédemment.

Sans doute, cependant, et ce sera le mot de la fin, pourrait-il bien être utile, pour y parvenir plus vite et plus sûrement, que chacun accepte encore de donner du temps au temps et de cultiver toujours, comme un trésor fragile, ce vivre ensemble qui est la marque même du génie burkinabè.

Mes chers amis, je vous souhaite le meilleur. Vive le Burkina Faso, Vive la France, Vive l’amitié franco-burkinabè.

PDF - 329 ko

Dernière modification : 12/10/2016

Haut de page