Discours de l’Ambassadeur à l’occasion de l’ouverture de la semaine de la francophonie.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Secrétaire général de la Commission nationale
de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis de la Francophonie,

Je suis particulièrement heureux de me trouver aujourd’hui devant vous, à l’occasion de l’ouverture de la Semaine de la Francophonie 2007, semaine placée sous le thème de la « Diversité linguistique ».

Alors que nous venons de vivre la belle aventure du 20ème Fespaco, qui a célébré avec éclat le combat pour la diversité culturelle, et au moment où s’amplifie le mouvement de ratification par les Etats de la convention adoptée en octobre 2005 par l’UNESCO, je me réjouis que ces idées essentielles continuent, à travers le riche programme de cette semaine, d’être explorées, débattues, et illustrées avec talent.

Ces questions se posent en effet à nous de manière de plus en plus pressante, et les efforts accomplis par les pays francophones, s’ils portent leurs fruits, sont loin d’être achevés. Ils s’inscrivent dans un contexte d’interrogations renouvelées sur la nécessaire préservation des patrimoines culturels et linguistiques de l’humanité, et sur les moyens qu’il convient de se donner pour éviter la perte irréparable que constitue l’effacement, l’affaiblissement, la disparition de ces patrimoines.

Des linguistes comme Claude Hagège ont montré que « nous vivons à l’époque de l’Histoire où les langues disparaissent le plus vite ». Liée intrinsèquement à la diversité culturelle, la conservation de la diversité linguistique est enfin devenue une préoccupation largement partagée à travers le monde. Je sais que c’est le cas ici au Burkina Faso, où d’importants efforts sont faits en faveur de l’enseignement bilingue, français d’une part et langues nationales ou maternelles d’autre part, qui font assurément partie du patrimoine culturel burkinabè, un patrimoine aussi vivant que l’est la francophonie dans ce pays, comme le montrera certainement la table ronde qui suivra cette cérémonie.

Mais globalement, l’hétérogénéité linguistique apparaît de plus en plus fragile : songez que, d’après l’UNESCO, plus de la moitié des quelque 6000 langues actuellement recensées dans le monde voient leur nombre de locuteurs diminuer, parfois à un rythme très rapide, que 96% des langues du monde sont parlées par seulement 3% de la population, et qu’inversement 97% de la population mondiale parlent 4% des langues du monde. 400 langues sont actuellement menacées d’extinction pure et simple, sans possibilité de pouvoir les faire revivre un jour, le cas de l’hébreu moderne demeurant une exception...

Non seulement les langues sont égales en dignité, mais elles représentent une richesse de créativité humaine extraordinaire, elles contiennent et transmettent un immense répertoire d’idées, de concepts, d’images, de sentiments, alimenté, augmenté au fil du temps. Je pense ici par exemple à l’usage des proverbes dans les langues africaines, métaphores vivantes et expressives de sagesses et de savoirs patiemment élaborés génération après génération.
Le français n’est certes pas menacé dans sa vitalité, mais plutôt dans son ambition de maintenir son statut de grande langue de communication au sein des organisations internationales, comme en témoignent, par exemple, les données sur le recul de la pratique du français dans les institutions de l’Union européenne.

Parlé par plus de 200 millions de personnes dans le monde, soit comme langue maternelle, langue seconde ou langue étrangère, le français, langue de rayonnement international, est présent sur chaque continent, mais il est aussi la langue seconde de choix après l’anglais dans la plupart des Etats du monde. Mais outre le nombre de locuteurs, le statut d’une langue s’établit également en fonction de son rôle d’émancipation culturelle et économique, de même que d’ouverture aux valeurs humaines universelles. Et c’est bien là un aspect essentiel de la Francophonie, qui ne se limite pas à la protection ou à la promotion de la langue française, mais, au-delà, à celle de cette véritable biodiversité, ou « diversité bioculturelle », pour reprendre la terminologie adoptée récemment par certains chercheurs.

J’ai pu constater, à la lecture du programme de cette semaine, combien ces thèmes étaient présents dans l’esprit et les préoccupations de ceux qui l’ont préparé et je m’en félicite. Je leur laisse le soin de le présenter en détail, mais je voudrais pour terminer vous dire que j’ai été particulièrement séduit par le souci de toucher le public jeune, à travers les Fables de la Fontaine, le spectacle de contes, les concerts, les expositions et les films qui vous sont proposés. Je suis heureux de voir aussi que l’ancrage dans la tradition locale sera illustré par l’hommage à Maître Pacéré Titinga et à la bendrologie, science à laquelle je ne désespère pas d’être un jour initié.

Je vous remercie pour votre attention et vous souhaite à tous une Semaine de la Francophonie aussi enrichissante que divertissante.

Dernière modification : 23/03/2007

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