Discours de l’ambassadeur de France à l’occasion du 14 juillet 2014 à la Résidence de France

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,

Excellences Mesdames et Messieurs les Présidents d’Institutions,

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,

Monsieur le Chef de l’opposition politique,

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions diplomatiques et consulaires,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales et Inter-africaines,

Mesdames et Messieurs les Gouverneurs de Régions, Honorables Députés,
Monsieur le Maire de Ouagadougou, Mesdames et messieurs les élus locaux,
Mon Général, représentant le Chef d’état-major des Armées,

Monsieur le Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger,

Mesdames les conseillères consulaires,

Autorités Militaires, Paramilitaires, Coutumières et Religieuses,

Mesdames et Messieurs les personnalités ici présentes en vos grades, rang, et fonction respectifs

Mesdames et messieurs les chefs d’entreprises,

Mes chers compatriotes, chers invités, chers amis,

Bonne arrivée et merci de votre présence !

Avant de commencer, je voudrais remercier, M. François Loncle, député de l’Eure, ancien ministre mais surtout, président à l’Assemblée nationale du groupe d’amitié France-Burkina Faso et également, rapporteur permanent de la commission des Affaires étrangères sur la sécurité au Sahel de nous faire l’honneur et l’amitié de participer pour la 1ère fois à cette cérémonie.

Je suis bien entendu très heureux de vous retrouver aussi nombreux pour fêter le 225ème anniversaire de la prise de la Bastille !
Ce 14 Juillet revêt un caractère particulier, car il est placé sous le signe des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale. Ce matin, le drapeau du Burkina Faso a flotté sur les Champs Elysée avec ceux des pays qui y ont pris part.

Le ministre de l’Administration Territoriale et de la Sécurité, le Chef d’état-major général des Armées et 3 jeunes Burkinabè ont également eu l’honneur de représenter le Burkina Faso à Paris. Vous en avez sans doute vu les images sur l’écran derrière moi, et vous verrez tout à l’heure celles d’une rétrospective dédiée à la Grande Guerre qui retrace le quotidien de nos anciens, notamment de ces 134 000 vaillants tirailleurs sénégalais, parmi lesquels se trouvait un très grand nombre de Hauts-Voltaïques.

Beaucoup sont tombés au champ d’honneur pour que triomphent la paix et la liberté. C’est avec une grande émotion que j’évoque leur mémoire et celle de toutes les victimes de l’un ou l’autre camp.
Mais vous m’en voudriez, si je restais dans ce registre, alors que le 14 Juillet éveille en chacun de nous des images joyeuses et colorées de défilés, de fanfares, de bals et de feux d’artifices ! Certains de ces ingrédients figurent au programme de cette soirée, mais avant je voudrais, comme le veut l’usage, vous livrer quelques réflexions.

En premier lieu, je veux vous dire en toute simplicité le plaisir que j’ai à travailler et vivre en famille au pays des hommes intègres. Ce plaisir est partagé, je le sais, par mes compatriotes et mes collègues de la communauté internationale dont je me fais l’interprète, Monsieur le Premier ministre, pour vous dire notre attachement à votre pays.

Ainsi, je tiens à témoigner ma reconnaissance et celle de mes collaborateurs à tous vos compatriotes présents ici ce soir, d’avoir accepté notre invitation. Comme tous ceux qui vivent là, j’apprécie en toute circonstance leur amabilité et leur disponibilité.

Je me réjouis particulièrement de la qualité du travail au quotidien avec les membres du Gouvernement, du Parlement, des différentes institutions, avec les milieux économiques, culturels, religieux, politiques, y compris d’opposition, ainsi qu’avec les représentants syndicaux et de la société civile.

Comme avec les autres partenaires techniques et financiers, notre collaboration est empreinte de simplicité et de franchise, elle repose sur la confiance et un respect mutuel au service de l’efficacité de nos actions. Je n’en ferai pas maintenant le bilan, parce que la liste en serait trop longue et que je risquerai d’en oublier.

Pour autant, je voudrais exprimer avec vous au-delà même de cette assistance, Monsieur le Premier ministre, notre reconnaissance à tous ceux qui conduisent ces actions dans les domaines les plus variés qu’ils soient bénévoles, volontaires, retraités, fonctionnaires d’Etat et territoriaux, entrepreneurs, élus nationaux et locaux, membres d’organisations non gouvernementales et de la société civile et j’en passe…
Je tiens aussi à m’adresser devant nos élus plus spécifiquement à mes compatriotes pour leur dire que, là où ils sont et dans ce qu’ils font, ils représentent aussi notre pays et qu’ils sont les acteurs essentiels de la relation franco-burkinabè dont je voudrais dire quelques mots.

En deuxième lieu donc, nous le savons tous, la France et le Burkina Faso entretiennent une relation particulière, multiforme et solide. Elle s’est forgée, je l’ai rappelé, sur les champs de bataille, sur les bancs des écoles, des universités, des séminaires, des centres de recherche hexagonaux mais aussi dans les communes, y compris les plus reculées, des 45 provinces dont j’ai entrepris le tour. Elles sont le cœur battant d’un pays avec lequel plusieurs de mes compatriotes entretiennent un lien fusionnel que je comprends mieux maintenant.
Ce lien s’est encore renforcé avec notre engagement commun dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. L’histoire, comme le présent confère à l’amitié franco-burkinabè un caractère unique.
Notre relation est aussi ancrée sur les valeurs de la République : Liberté, Egalité et Fraternité, et celles d’Unité, de Progrès et de Justice qui composent la belle devise du pays des Hommes Intègres. Ces valeurs sont au cœur du pacte républicain, comme celles de solidarité et de responsabilité.

La solidarité : c’est un élan qui doit nous conduire à faire passer la recherche du bien commun avant la satisfaction des intérêts personnels, à agir pour ceux qui souffrent, qui ont faim et aussi soif d’un avenir meilleur.

La responsabilité : ce principe renvoie à Aristote qui distingue différentes formes de démocratie dont la meilleure vise aussi bien l’égalité que la liberté, et où « tous partagent principalement de la même manière le pouvoir politique ». Pour lui encore, une des formes les plus abouties de la liberté consiste à être « tour à tour gouverné et gouvernant », ce qui correspond peu ou prou à la définition qu’il donne du citoyen, à la fois gouvernant et gouverné.

J’en viens à mon 3ème et dernier point qui comprendra deux parties. J’ai - bien entendu - noté dans les conversations comme dans les médias que le discours du 14 juillet sera suivi avec intérêt. J’en suis, vous l’imaginez, heureux. Et j’espère qu’à ce stade, il répond déjà à vos attentes !
Je me garderai bien maintenant de vous dire, n’en déplaise à certains, comment je perçois le jeu de chacun sur la scène politique et qui devrait faire quoi. Je laisse le soin aux Burkinabè d’en décider !
Je préfère par devoir d’amitié, parce qu’il y a entre nous cette relation unique, vous faire part sans surprise et sans fard de deux sujets importants de préoccupation, l’une externe et l’autre interne, et des raisons pour moi de regarder l’avenir avec optimisme.

Il nous faut, en effet, être optimistes et ne jamais oublier que nos décisions, sous le regard de nos devanciers, engagent nos contemporains et les générations futures, que le passé et le présent répondent de l’avenir et que nos enfants méritent le meilleur.

Au plan externe, la situation au Mali reste préoccupante, comme de façon plus large, la montée des forces obscurantistes dans un arc de crise qui s’étend des rives de l’Atlantique, en passant par les bords de la Mer rouge, jusqu’aux cimes de l’Afghanistan et du Pakistan.

Ces forces passéistes et criminelles font injure à l’Islam en osant s’en réclamer, davantage encore en cette période de jeûne.

Au prix du sacrifice de plusieurs combattants de la paix - je pense plus particulièrement au Lieutenant SAWADOGO, arraché il y a peu, à l’affection des siens - l’action combinée de la MINUSMA et de SERVAL a réduit dans le nord du Mali la présence des groupes terroristes. A noter justement, la fin de l’opération SERVAL remplacée par l’opération BARKHANE à la fin du mois.

Ce combat n’est donc pas vain et j’ai la conviction que la très forte mobilisation de la communauté internationale en faveur de la réconciliation au Mali va porter ses fruits et contribuer durablement à la stabilité et au développement des pays sahéliens.

L’adoption par l’ONU d’une nouvelle résolution, le récent sommet de la CEDEAO à Accra et les réunions d’Alger marquent la reprise du dialogue intermalien sur la base de l’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013.

La signature d’un nouvel accord pourrait donc intervenir, espérons-le, d’ici la fin de l’année. Il faudra pour cela une convergence des efforts de tous sans exception au service exclusif de la paix, sans arrière-pensées ni ingénuité.

Au plan interne, étant là - aussi - pour observer la société burkinabè, je partage la préoccupation de beaucoup que le combat politique engagé en vue de l’élection présidentielle de fin 2015, soit mené dans le respect de toutes les personnes et des institutions, que le bien commun l’emporte toujours sur les intérêts privatifs et que toute idée de revanche ou de vengeance soit écartée.

Je suis certain qu’il y a - ici - suffisamment de bon sens et d’intelligence, de cœur et de courage pour qu’aucune ligne rouge ne soit franchie et, pour que de bonnes décisions soient prises chaque fois qu’il le faudra. En effet, nul ne peut prendre le risque de remettre en cause les acquis, alors que le pays doit encore relever de véritables défis.

C’est pourquoi, je compte beaucoup sur l’aptitude au dialogue et sur la capacité d’écoute de la classe politique et des Burkinabè pour qu’ils trouvent ensemble les bonnes réponses aux questions essentielles. Les différents acteurs doivent se tendre la main, et sans doute, convient-il que l’initiative en revienne à qui de droit.

Lorsque je voyage, ce qui m’arrive fréquemment, je note les proverbes que j’entends. Celui-ci en moré m’a interpellé par rapport à la situation actuelle : « San tara panga, en tar sougri ». La vraie grandeur, c’est de savoir écouter.

En fait, j’ai la conviction que chacun sait les risques que courrait le pays, si jamais le climat politique venait à se dégrader plus que de raison, et que tout sera entrepris pour parvenir par la voie du dialogue à une solution heureuse répondant aux aspirations du peuple et de sa majorité silencieuse.

Sur ces deux plans externe et interne, je fais donc avec vous le pari que la raison l’emportera grâce à la mobilisation de tous au service de la paix, du progrès et de la concorde.

Pour finir, je veux encore une fois vous remercier de votre présence, merci à tous ceux qui ont œuvré au succès de cette soirée, aux entreprises françaises et burkinabè dont vous pouvez lire les noms sur ces banderoles.
Merci aussi à mes collaborateurs engagés pleinement dans l’organisation de cet événement, à la fanfare de la garde nationale et à l’ensemble musical des amis avec qui, maintenant, la fête va se poursuivre ! Vers 21h 00, le bal traditionnel sera ouvert.
Je vous souhaite avec mon épouse, une bonne fin de soirée et nous nous réjouissons de vous retrouver à la rentrée !

Vive le Burkina Faso, vive la France
et vive l’amitié franco-burkinabè !

Seul le prononcé fait foi.

Dernière modification : 24/10/2016

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