Inauguration du mémorial Karamokoba Sanogo

Le samedi 21 janvier a eu lieu, à Lanfièra, commune rurale de la province du Sourou, l’inauguration du Mémorial Karamokoba Sanogo à l’occasion des 120 ans de l’assassinat de ce dernier par le capitaine Paul Voulet.

L’ambassadeur Xavier Lapeyre de Cabanes a pris la parole au moment de la cérémonie d’ouverture. Voici son discours :

«  Monsieur le ministre des ressources animales et halieutiques représentant le Premier ministre, Monsieur le ministre de la culture des arts et du tourisme, Monsieur le ministre de l’urbanisme et de l’habitat, Monsieur le maire de Lanfiéra.

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L’histoire de la colonisation fourmille d’histoires particulières qui sont très instructives et aident à comprendre comment l’idéologie coloniale, qui affirmait la supériorité de l’homme blanc et prétendait qu’il avait une mission civilisatrice, conjuguée à la supériorité militaire, a donné une justification à une politique de domination qui a permis aux moins scrupuleux des colonisateurs de croire que leur force créait le droit.

Le destin tragique de Alpha Hamed Baba Sanogo Karamokoba est de ce point de vue exemplaire et édifiant.

Érudit musulman ayant en quelque sorte apporté un renouveau à l’islam en pays Dafina, fils du fondateur de votre ville de Lanfiéra - dont on m’a dit que le nom signifiait "terre libre" -, il eut les meilleures relations avec certains des premiers Français arrivés dans la région, dont le docteur Crozat et le lieutenant-colonel Monteil, qui lui fit accorder des sauf-conduit pour se déplacer dans les territoires qui sont aujourd’hui le Mali et le Burkina Faso, afin, notamment, de se rendre auprès du Mogho Naaba, dont il était un très proche conseiller en raison de sa science et de sa sagesse.

Surtout, il fut le signataire, avec les Français, du traité du Dafina, en 1891 et permit aux Français d’avoir accès au roi des Mossis.

Mais le malheur a voulu que la France d’alors ait choisi un très jeune capitaine de tout juste 30 ans, Paul Voulet, pour assurer, dans les pays en train de passer sous domination française, ce que l’on appelait alors la "pacification", euphémisme qui disait bien, au fond, la honte inavouée que faisaient naître, en France, les campagnes sanglantes qu’imposait la volonté de constituer un "empire" colonial.

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Sans doute convaincu qu’il défendait les intérêts de son pays, le capitaine Voulet s’opposa de plus en plus à Sanogo Karamokoba, dont l’influence spirituelle et politique lui paraissait contrecarrer les prétentions françaises sur la région. Pour finir et se débarrasser de ce gêneur, Voulet fit condamner à mort et exécuter Karamokoba Sanogo le 24 novembre 1896, pour trahison. Au tragique de cette décision, s’ajoute le grotesque du chef d’inculpation : en effet, comment un homme pourrait-il trahir un pays qui n’est pas sa patrie ?

Cette décision criminelle fut désapprouvée par le colonel Achinard, commandant supérieur du Soudan français, mais cette désapprobation ne dut pas être bien sévère, puisque Paul Voulet devint célèbre, tristement célèbre, 3 ans plus tard, avec le lieutenant Chanoine, à la tête d’une colonne meurtrière.

En ayant considéré que le meurtre de Karamokoba Sanogo n’était pas un crime, et en ne punissant pas son auteur comme il aurait dû l’être, la France a en réalité permis que Voulet et son complice Chanoine, en 1899, se croient autorisés à user de la pire cruauté pour conquérir le Niger.

L’exemple de Alpha Hamed Baba Sanogo Karamokoba doit nous inspirer, c’est pourquoi vous avez décidé de lui rendre hommage en érigeant un mémorial et c’est pourquoi aussi j’ai accepté de m’y associer : l’intelligence, l’humanité, la sagesse d’un marabout qui a vécu au 19ème siècle sont les qualités qui nous faut déployer aujourd’hui pour ne pas céder face aux discours intransigeants.

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Face à la bêtise fière, qui se croit détentrice de vérité, face au dogmatisme intolérant qui se prétend pur de toute tache, souvenons-nous de Karamokoba Sanogo et de son message et de son action pacifiques.
Et dans le même temps, empêchons les Voulet d’aujourd’hui de tuer et luttons ensemble contre leur idéologie mortelle.

Mon pays a été dans l’erreur en laissant faire le crime, il y a 120 ans.

Il est aujourd’hui à vos côtés dans le combat que vous menez contre les terroristes.
Je vous remercie. »

Dernière modification : 25/01/2017

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