Séminaire adoption internationale pour les pays africains francophones

Le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille burkinabè, en collaboration avec le bureau permanent de la Haye, organise du 17 au 19 janvier 2017 à Ouagadougou, un séminaire sur l’adoption internationale pour les pays africains francophones.

A l’occasion de l’ouverture du séminaire , l’Ambassadeur Xavier Lapeyre de Cabanes a prononcé un discours afin de saluer l’action du Burkina Faso dans les domaines de l’adoption et de la protection des enfants.

« Le Burkina Faso est très impliqué dans les institutions sociales et particulièrement en matière d’adoption et de protection des enfants. L’expérience de votre pays impose le respect ».

Retrouvez l’intégralité ici l’intégralité du discours de l’Ambassadeur Xavier Lapeyre de Cabanes ci-joint

Madame la ministre, Mesdames et Messieurs,

Parler d’adoption, c’est avant tout parler de vies, d’amour, de joie, de rencontre et de souffrances – tout ce qu’ont pu connaître tous les acteurs de cet acte.

L’adoption n’est pas simplement une formalité ou un acte juridique.

Elle est une décision prise sur l’avenir d’un enfant et d’adultes, un pari que cet enfant et ces adultes sauront construire un lien filial et parental indépendamment de l’absence de lien génétique.

L’adoption recouvre trois réalités selon le point de vue où l’on se place.

La première, du point de vue des enfants, est de leur donner des parents, sans, parfois, leur demander leur avis ou leur laisser le choix – ce qui est d’ailleurs le cas de chacun d’entre nous, lorsque nous avons été élevés par nos parents « biologiques », puisque nous ne les avons pas plus choisis !

La deuxième réalité est de faire d’adultes des parents, adultes qui ne pourraient pas devenir des parents s’il leur était impossible de recueillir des enfants que d’autres estiment ne pas pouvoir élever.

La troisième, enfin, est d’assurer à un ou des adultes incapables, pour mille raisons, d’élever leur enfant ou leurs enfants, que cet ou ces enfants, dont ils sont les géniteurs ou les parents biologiques, disposeront de parents.

Il y a, dans l’acte « d’abandon » d’un enfant par une mère, une forme d’amour qui est souvent négligée ou omise dans les débats sur l’adoption en général et dans celui sur l’adoption internationale : je n’ai certes pas cette expérience, mais je n’imagine pas qu’il puisse être facile de renoncer, pour toujours, à aimer un enfant qu’on a porté pendant neuf mois et avec lequel on a peut-être vécu pendant quelques mois ou années, et à en être aimé en retour. En faisant confiance à des inconnus pour prendre soin et pour aimer, justement, cet enfant, une mère n’abandonne pas son enfant, elle le confie à d’autres, elle lui offre la possibilité d’une autre vie.

Devoir recourir à l’adoption pour devenir parent est en soi une souffrance : la nature nous impose presque comme un besoin, le désir de nous perpétuer dans une génération suivante. « Avoir des enfants » c’est d’abord « faire des enfants », comme on dit en français. Comme la médecine est plus performante que jamais, je subodore, mais vous me confirmerez ou m’infirmerez, qu’il y a plus de couples aujourd’hui qui peuvent « se passer » de l’adoption pour pouvoir devenir parents – mais il restera toujours des couples infertiles et, surtout, il existera toujours des enfants sans parents.

Faire qu’ils se rencontrent et s’acceptent restera toujours un pari : toutes les procédures administratives pourront avoir été imaginées, toutes les formes d’accompagnement, de préparation et de suivi pourront avoir été imposées, il n’en reste pas moins que la rencontre entre des parents et un enfant seront toujours un pari – c’est d’ailleurs aussi le cas avec nos enfants « biologiques » : qui peut prétendre savoir quelle est la personnalité de l’enfant qu’il mettra au monde ?

La question que se pose un adulte qui a été adopté est donc aussi celle d’un autre possible présent : si je n’avais pas été adopté, qui aurais-je été ? C’est donc encore plus vrai pour une adoption internationale : si je n’avais pas été adopté, je n’aurais pas été français ; quel burkinabè aurais-je été ? Il y a une sorte de vertige de l’autre vie possible qui n’a pas été vécue parce qu’il y a eu l’adoption.

L’adoption internationale peut rajouter une difficulté particulière, qui est celle du déracinement d’un enfant : si ce n’est pas vrai pour un nourrisson, ce l’est beaucoup plus pour un enfant adopté alors qu’il a déjà une pleine conscience de soi, une vie longue de plusieurs années, une langue qui, à défaut d’être « maternelle », n’en est pas moins SA langue, des habitudes alimentaires, climatiques, une ville, un quartier qui sont les siens, des ambiances, des odeurs, des sons, de la musique qui forment son environnement quotidien, que sais-je encore.

L’adoption est un sujet d’une grande sensibilité et il est rare que les débats dans la presse autour de la thématique des origines des enfants adoptés, restent sereins.
C’est pourquoi une conférence comme celle-ci a tout son sens.

L’adoption internationale, depuis la Convention de La Haye, est désormais bien réglementée, régulée et les méthodes qui avaient cours il y a une trentaine d’années, faisant des nourrissons des objets marchands, ont à peu près disparu, sauf rares scandales ici ou là.

Madame la ministre, vous avez bien voulu accepter la proposition que la mission pour l’adoption internationale du ministère français des affaires étrangères vous avait faite d’accueillir ce séminaire.

Le Burkina Faso est en effet très impliqué dans les questions sociales en Afrique. En matière d’adoption et de protection des enfants, l’expérience de votre pays lui donne une maîtrise affirmée qui impose avec évidence le respect et qui justifie pleinement l’accueil de ce séminaire, d’autant que le Burkina applique la convention depuis 1996, soit 2 ans avant mon propre pays.

Je souhaite que vos travaux aboutissent à dresser un état des lieux complet des expériences acquises en matière d’application de la convention. Ainsi, les pays qui vont s’engager dans cette voie pourront plus aisément la mettre en œuvre et, par conséquent, étendre avec la plus grande efficacité possible les bénéfices de cette convention pour ses bénéficiaires que sont les enfants.

Je vous remercie pour votre attention et je vous souhaite de fructueux débats.

Xavier Lapeyre de Cabanes

Dernière modification : 18/01/2017

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