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Discours de l’Ambassadeur à l’occasion de la célébration de la fête nationale, 14 juillet 2007
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement, mesdames et messieurs les membres des Hautes institutions burkinabè, mes chers compatriotes, distingués invités,
Célébrer le 14 Juillet à Ouagadougou parmi vous et en présence de nos amis burkinabè est une double joie.
Au bonheur de commémorer notre Fête nationale au sein d’une communauté française unie et dynamique, s’ajoute en effet celui de revivre l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité qui fit la grandeur de 1789, dans la capitale d’une jeune nation où s’enracine chaque année un peu plus la pratique démocratique.
Comme vous le savez, le Burkina, pays pionnier en Afrique s’agissant de la modernisation de la vie politique, continue d’être à cet égard l’un des éclaireurs les plus remarquables du continent.
Un an après l’instauration d’une communalisation intégrale marquant le passage du Burkina à l’ère de la décentralisation, le printemps 2007 vient d’être à nouveau le témoin de cet attachement du Faso aux idéaux qui nous sont communs, avec le déroulement, dans un climat serein et paisible, d’élections législatives ouvertes et transparentes, où près d’une cinquantaine de partis politiques de tous horizons ont pu s’affronter démocratiquement.
C’est dire si le partenaire historique qu’est la République française peut saluer la performance politique et humaine de ce pays neuf, qui, en dépit des contraintes lourdes que le combat pour le développement fait peser sur lui, consacre néanmoins une part importante de son énergie et de sa vitalité à s’insérer dans le concert des nations démocratiques.
Le travail politique accompli par le Burkina Faso est d’autant plus remarquable que, loin de se limiter à l’édification de sa seule société démocratique, ce pays travaille, comme aucun autre sur le continent, à la consolidation et à la stabilisation de son environnement régional. Les observateurs du monde entier ont pu ainsi constater et célébrer l’impact décisif de l’implication des autorités burkinabè sur le dénouement des crises ivoirienne et togolaise, largement considérées jusque-là comme hautement sensibles, voire inextricables.
Cette implication dans la durée au service de la paix et de la réconciliation a été reconnue au plan sous-régional de la manière la plus claire et la plus formelle possible, par l’accession en janvier dernier du Burkina à la présidence en exercice de la CEDEAO et de l’UEMOA. Comme chacun d’entre vous s’en souvient, cette présidence a été marquée au bout de quelques semaines seulement par un éclatant succès, la signature le 4 mars dernier de l’Accord politique de Ouagadougou, point d’orgue d’une négociation menée de main de maître par les autorités burkinabè. Loin de se limiter à n’être qu’un succès diplomatique, cet Accord témoigne de la capacité du Burkina à faire preuve d’une vision stratégique, d’une détermination politique sans faille, et, plus encore, d’un authentique courage dans la manière dont le Faso a su confronter les protagonistes à leurs responsabilités.
Sans ce courage, et sans la clarification préalable des enjeux que les autorités burkinabè ont imposée aux parties ivoiriennes, il n’y aurait sans doute pas eu d’accord, en tout cas pas d’accord viable soutenu par la communauté internationale. Certes, comme nous l’avons constaté une fois encore fin juin, le processus reste fragile et semé d’embûches. Mais la manière dont la facilitation burkinabè a su, depuis maintenant plus de quatre mois, maintenir le cap et, lorsqu’il le fallait, rappeler les parties à l’ordre, garantit que, si les protagonistes conservent la volonté de ramener une paix durable en Côte d’Ivoire, une paix fondée sur l’organisation d’élections justes, libres, ouvertes et transparentes, une issue est non seulement possible mais plausible.
La réussite du Burkina ne se limite pas à la sphère politique : la Banque mondiale, arbitre d’ordinaire sévère des élégances économiques internationales, et juge peu amène des performances financières, a salué l’automne dernier la mutation économique d’un pays qui lui apparaît comme l’un des plus prometteurs du continent. Au sein d’une Afrique qui croît globalement à un rythme de plus de 5 %, le Burkina, pays le plus peuplé du Sahel et centre géographique de l’Afrique de l’Ouest, affiche avec plus de 6 % des résultats encore supérieurs à ceux de ses voisins, et cela depuis plusieurs années déjà, dans un contexte d’inflation maîtrisée et de stabilité politique et sociale.
Certes, de nombreux progrès restent à accomplir. Faute de pression fiscale suffisante, le déficit budgétaire ne se résorbe pas. La croissance démographique élevée confisque une grande partie de ce que chaque Burkinabè pourrait espérer recueillir des fruits de la croissance économique. Le chemin vers une gouvernance d’excellence est encore long. La lutte contre la malnutrition infantile n’est pas gagnée. Même si le combat mené en faveur de l’alphabétisation avance à grands pas, l’ampleur de la tâche reste immense. Tout cela est exact, mais, compte tenu des orientations prises et des progrès déjà enregistrés, la perspective d’un avenir plus prospère s’enracine chaque jour davantage.
Pourtant, d’ores et déjà, un autre défi s’annonce. Alors même que tant reste à faire pour l’avancement politique, économique, social et humain du pays, les autorités doivent surmonter un obstacle plus pernicieux, plus insidieux que le seul retard au développement. Le Burkina, en effet, n’est pas seulement confronté au mur de l’alphabétisation, de l’électrification, de la malnutrition, de la bonne gouvernance. Ce mur-là, nous savons qu’il pourra l’escalader et le franchir, pour rejoindre le peloton des nations émergentes. Ce qu’il ne pourra pas réussir en revanche à lui tout seul, sans que nous-mêmes, nations du Nord, changions notre regard sur le continent africain, c’est la bataille de l’image. L’Afrique en général, et le Burkina en particulier, ne pourront pas réussir leur entrée de plain-pied dans la compétition internationale, si le reste du monde continue de ne voir dans ce continent qu’une terre où dominent principalement les conflits et la lutte pour le contrôle des matières premières. Pour que l’Afrique sorte du ghetto où trop de regards tendent à l’enfermer, il faudra bien que les Africains soient perçus avant tout comme le sont les habitants des autres continents,
c’est-à-dire, tout à la fois des citoyens démocratiquement responsables de leur avenir, et des producteurs de richesse économique. Un pas crucial aura été franchi lorsque les pays développés d’Europe, d’Amérique et d’Asie verront, dans les 800 millions de personnes qui vivent sur ce continent, le miroir africain de ce qu’ils sont eux-mêmes, c’est-à-dire des citoyens présentant les mêmes facettes diverses qu’à Paris, Montréal ou Bangkok, où chacun est tour à tour un citoyen créateur, producteur, épargnant, consommateur, exportateur, et investisseur. Une page véritablement nouvelle pourra ainsi s’écrire lorsque la grille de lecture et d’analyse appliquée à l’Afrique sera la même que celle utilisée partout ailleurs. C’est en cela que les nations du Nord, et la France en particulier, ont une responsabilité particulière : s’il est nécessaire de continuer à aider l’Afrique, il l’est encore plus de réussir une conversion mentale que les évolutions politiques et économiques intervenues ces dernières années sur le continent justifient pleinement.
Il se trouve, à cet égard, que les performances récentes du Burkina sont précisément annonciatrices d’une telle mutation. On ne devient pas par hasard, en l’espace de dix ans, le premier producteur de coton d’Afrique tout en parvenant à structurer la profession comme aucun autre pays africain n’a su le faire. On ne devient pas par hasard, alors même que cinquante pays africains sont en compétition pour retenir l’attention des bailleurs, le laboratoire le plus avancé sur le continent de l’aide internationale. On ne devient pas non plus par hasard la nation qui, tout en maîtrisant son inflation, croît chaque année plus vite que la moyenne des pays de la sous-région. Tout cela, le Burkina Faso le doit à la qualité de sa population et de ses cadres, à son travail, à sa persévérance, en un mot, à sa volonté acharnée de réussir.
Les succès multiformes enregistrés par le Burkina Faso ces dernières années constituent autant de points d’ancrage pour un dialogue intense entre autorités françaises et autorités burkinabè et pour une implication sans cesse plus forte de la France aux côtés du Burkina. A l’étroite concertation politique entre les deux diplomaties sur les grands dossiers du moment, s’ajoute une coopération technique et financière de tous les instants et sur tous les sujets. Appui institutionnel, soutien à la décentralisation, aide au développement des infrastructures, extension des interconnexions électriques, construction d’écoles, accompagnement de la politique de l’eau : les exemples d’une coopération multidimensionnelle, qui emprunte de plus en plus le canal de l’aide budgétaire directe et pluriannuelle, pourraient être multipliés. Année après année, par le volume de l’aide apportée, la France s’affirme comme le premier partenaire bilatéral du Burkina, non seulement en raison de sa responsabilité historique vis-à-vis de ce pays, mais plus encore parce qu’elle croit résolument en son avenir. Très concrètement, aujourd’hui, avec 50 à 60 millions d’euros d’effort contributif annuel toutes formes d’appui confondues, soit 30 à 40 milliards de francs CFA, le Burkina Faso représente l’un des tout premiers engagements de la France en Afrique sub-saharienne. A ce montant, il faut ajouter, si l’on veut saisir toute l’ampleur de l’investissement français au Burkina, le travail des centaines d’organisations françaises non gouvernementales, et celui des centaines de collectivités territoriales françaises, dont l’apport, souvent bénévole, n’est que partiellement valorisé dans les statistiques internationales, alors même qu’il remplit ici une mission irremplaçable.
De plus en plus, à ces modalités classiques de coopération, s’ajoutent des formes plus modernes, telles que l’établissement de liens directs entre petites et moyennes entreprises françaises et burkinabè, ou le compagnonnage industriel, artisanal et commercial, qui sont l’un et l’autre annonciateurs des liens de demain entre deux sociétés dont les paramètres économiques et sociaux ont vocation à converger.
L’horizon de ces multiples efforts déployés en commun, le point d’aboutissement de ces politiques confirmées année après année, c’est une relation forte et équilibrée entre deux nations démocratiques. Je peux témoigner de ce que, loin de n’être qu’une aimable formule de circonstance, le partenariat d’amitié auquel l’Ambassade de France entend rattacher son action, et qui est le maître mot de la célébration à laquelle je vous convie aujourd’hui, traduit bien la réalité quotidienne des échanges non seulement politiques et économiques, mais surtout intellectuels et humains, entre deux sociétés et deux Etats qui se connaissent et s’apprécient de longue date.
Je forme le vœu que cette célébration du 14 Juillet à Ouagadougou soit l’occasion de faire éclore un peu plus ce que nous, Français et Burkinabè, avons tout à la fois de plus précieux et de plus naturel en nous : une grande intimité léguée par l’Histoire, et une profonde affinité inspirée par le combat mené de part et d’autre pour la démocratie et le développement .
Vive le Burkina Faso, vive la France.
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